Nan Goldin au Grand Palais, ça vaut quoi? |
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La semaine derniĂšre, quelques jours Ă Paris mâont permis de me faire un certain nombre dâexpos.
Parmi elles, une rétrospective de Nan Goldin consacrée à sa carriÚre de cinéaste, donc sans tirages, uniquement ses vidéos et diaporamas.
Câest mon second date avec lâartiste en 8 mois, aprĂšs un rendez-vous avortĂ© aux Rencontres dâArles lâĂ©tĂ© dernier.
Je lâavais ghostĂ©e pour un motif tout Ă fait valable.
Devant lâĂ©glise Saint-Blaise qui accueillait son expo, la queue Ă©tait interminable, m'obligeant assez vite Ă mâen extraire et par lĂ mĂȘme, Ă renoncer.
JâapprĂ©hende un peu en ce mercredi 18 mars, jour de lâouverture.
Mais quand jâarrive, il nây a pas un chat. Pas bon signe, alors que juste Ă cĂŽtĂ©, le Jeu de Paume ne dĂ©semplit pas pour Martin Parr.
Mourir est un bon coup de pub pour les artistes, je me dis, exagĂ©rĂ©ment mort de rire, tandis quâune hĂŽtesse dâaccueil mâinvite Ă entrer.
Il est 10h00.
Alors Nan Goldin au Grand Palais, ça vaut le coup?
Câest le sujet du jour. |
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Dans le mail aujourd'hui :
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đïž L'expo est un village |
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Lâexposition, intitulĂ©e This Will Not End Well, est construite comme un village.
Un petit village, composĂ© de 5 pavillons, chacun pensĂ© pour une Ćuvre.
On circule de lâun Ă lâautre dans la pĂ©nombre, presque Ă tĂątons. |
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Direction le premier pavillon pour La Ballade de la Dépendance Sexuelle, son oeuvre phare.
à l'intérieur, on se croirait dans une petite salle de cinéma.
Je suis seul et je mâinstalle au premier rang. |
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â Diagnostic express :
Prenez 20 minutes pour discuter avec moi, Antoine.
Un regard extérieur sur votre travail, ça ne peut pas faire de mal.
à la fin de notre échange, je vous dirai si je peux vous aider dans le cadre d'un accompagnement. Et comment.
Dans tous les cas, vous repartirez sans doute avec une ou deux pistes pour avancer.
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| réserver un créneau |
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La Ballade de la Dépendance Sexuelle, c'est quoi?
Entre les annĂ©es 1970 et 1990, Nan Goldin documente la vie de son entourage Ă New York, Berlin et Londres, entre amitiĂ©s, amours, fĂȘtes et dĂ©rives.
Un travail au plus prÚs de ses proches, qui capte une génération en marge, avant et pendant le sida, entre liberté, espoir et désespoir.
Une esthĂ©tique de lâinstantanĂ©.
Les images ont les caractéristiques de la photo amateure.
Des scĂšnes ordinaires, anodines, dans des images imparfaites:
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Cadrages aléatoires
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Images floues
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Flash mal réparti
Tous ces dĂ©fauts renforcent lâimpression de rĂ©el.
Ils viennent de la maniĂšre de faire de Nan Goldin, qui photographie sur le vif, souvent sans viser, souvent sous produit.
Sur mon petit carnet, je note : quand a-t-elle été consciente de l'effet produit par cette esthétique? |
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Nan Goldin décrit ses diaporamas comme des films composés de photos, accompagnés d'une BO.
La BO de la Ballade va de :
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Iâll Be Your Mirror du Velvet Underground Ă
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Tu tâlaisses aller de Charles Aznavour, lâune des chansons les plus misogynes de tous les temps, en passant par
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Fais-moi mal, Johnny ! de Magali Noël et
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I Put a Smell On You de Screamin' Jay Hawkins
Chaque photo reste deux secondes environ, puis passe Ă la suivante.
Les images sâenchaĂźnent.
Peu Ă peu, une narration se tisse.
Qui dépasse la propre histoire de Nan Goldin. |
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Elle arrive à nous faire ressentir la tendresse, la vulnérabilité et la violence, qui peuvent exister dans les couples.
Et qui alimentent une conception passionnĂ©e et romantique des relations amoureuses, Ă lâaube du patriarcat, que Nan Goldin vient dĂ©construire.
Câest ça qui touche. Câest ça qui est le plus fort chez elle. |
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On entre plus facilement dans ce diaporama si lâon est un peu familier Ă la Ballade.
Le critique photo Andy Grundberg écrit dans les colonnes du New York Times du 21 décembre 1986: |
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âCe qu'Ă©tait Les AmĂ©ricains de Robert Frank dans les annĂ©es 50, La Ballade de la DĂ©pendance Sexuelle de Nan Goldin l'est pour les annĂ©es 80.â |
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đ Le reste de l'expo est trĂšs inĂ©gal |
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The Other Side montre la communauté transgenre et les drag queens que Nan Goldin fréquente entre 1972 et 2010.
Le diaporama m'emporte moins que la Ballade mais ça reste trÚs bien.
On sent une grande proximitĂ©, intimitĂ©, avec les sujets. Et lâĆuvre a participĂ© Ă faire Ă©voluer les mentalitĂ©s. Elle ouvre un espace. Celui des libertĂ©s dont les personnes transgenres disposent aujourdâhui.
Mémoire perdue (2019-2021) explore les cÎtés les plus sombres de la dépendance aux drogues.
Nan Goldin considÚre cette oeuvre comme sa création la plus importante depuis la Ballade.
C'est bien malgré les répétitions avec les diaporamas précédents.
Comme si elle puisait dans la mĂȘme banque dâimages. Certaines photos reviennent trois fois.
Peut-ĂȘtre que cette rĂ©pĂ©tition a pour objectif de traduire un certain Ă©puisement.
Pari gagnant, j'en sors épuisé.
Sur le mĂȘme sujet, je conseille de voir son fantastique documentaire nommĂ© aux Oscars en 2023, Toute la beautĂ© et le sang versĂ©, rĂ©alisĂ© par Laura Poitras et disponible sur Arte jusquâau 15 juin 2026.
SirĂšnes (2019-2020) plonge dans lâextase de la drogue.
Pour la premiĂšre fois, Nan Goldin travaille Ă partir dâimages qui ne sont pas les siennes. Elle utilise des extraits dâune trentaine de films, de LâAnge ivre (1948) de Akira Kurosawa Ă Satyricon (1969) de Federico Fellini, en passant par Screen Tests (1964-66) de Andy Warhol.
Je trouve ça scolaire.
Sur mon petit carnet, je note : si ce n'était pas signé Nan Goldin, qu'en auraient pensé les critiques?
Le Syndrome de Stendhal (2024) fait dialoguer les maĂźtres de lâart classique, sculptures et peintures, avec les visages et les corps de ses proches.
Câest l'expo qui Ă©tait prĂ©sentĂ©e Ă Arles l'Ă©tĂ© dernier.
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Nan Goldin cherche Ă montrer que les postures des corps aimĂ©s se retrouvent dans les Ćuvres dâart, et inversement.
Je trouve ça un peu forcé, artificiel. Pour moi, ça ne marche pas.
Ce qui me touche chez Nan Goldin, câest justement lâinverse.
Le fait que ces personnes soient là , vivantes, vulnérables, mortelles. Pas des demi-dieux.
Alors mon esprit divague.
Il paraĂźt que certaines Ćuvres dâart peuvent provoquer des vertiges.
Le cĆur qui sâemballe face Ă un trop-plein de beautĂ©.
On appelle ce trouble le syndrome de Stendhal.
Et je me souviens que l'un de mes films prĂ©fĂ©rĂ©s, La Grande Bellezza (2013) de Paolo Sorrentino, sâouvre sur un touriste frappĂ© par ce syndrome devant la beautĂ© de Rome.
Le film parle du vide absurde de la vie et l'immense joie procurée par ces rares moments qui nous donnent réellement envie de vivre.
Je me souviens d'avoir Ă©tĂ© Ă©mu aux larmes devant la beautĂ© de la fameuse scĂšne de fĂȘte. |
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Antoine Zabajewski, 1011, Avenue Raymond Dugrand, 34000 Montpellier, France |
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